La variole du singe (transmission symptômes)

Variole simienne

Francis Beaulieu vulgarisateur scientifique

Le 13 mai 2022, l’OMS a été informée de cas humains de variole simienne confirmés en laboratoire au Royaume-Uni. Le Royaume-Uni a confirmé la présence de la variante génétique de l’Afrique occidentale du virus de la variole simienne.

Le 23 juillet l’OMS (Organisation Mondial de la Santé), déclare l’expansion de l’épidémie de variole simienne comme urgence mondiale, ensuite le 4 août dernier, l’administration Biden à déclaré une urgence sanitaire pour la variole simienne, ou variole du singe, ou orthopoxvirose simienne ou en anglais : monkeypox… Certains demandent à l’OMS de changer son nom.

Mais au fait, c’est quoi ce virus? 

C’est une zoonose (autrement dit un virus transmis à l’homme par un animal) due à un virus de la famille des Poxviridae (un virus ADN à double brin) du même genre que la variole humaine (cette dernière maladie qui a été éradiquée dans les années 1977-1980 par une vaccination mondiale). 

Cependant, les symptômes sont moins graves : 1 à 6% (OMS) de décès alors que la variole humaine avait un pourcentage létale de 15 à 45%. Cela ne veut pas dire que les symptômes ne sont pas graves, au contraire, selon plusieurs témoignages de victimes, il semblerait que pour certains, ce soit une douleur extrême et un long calvaire (deux à trois semaines).

Son vrai nom est : orthopoxvirus simien (pour le virus) ou orthopoxvirose simienne (pour la maladie).

Sa provenance ?

Elle nous arrive très probablement du centre de l’Afrique tropicale. Mais au contraire de ce qu’on pourrait penser dû à son nom (initialement découvert chez un primate), son réservoir semblerait être prévalente chez les rongeurs. Comme encore trop souvent, la déforestation et la détérioration des forêts tropicale, le braconnage, les élevages d’animaux avec des animaux extirpés de la jungle, apportent des virus jusque là contenus dans celles-ci. 

Elle est endémique (en permanence) en Afrique.. 

Transmission

Selon plusieurs sources, ce virus semble se transmettre par des contacts étroits avec une personne qui présente une éruption cutanée due à la variole du singe, y compris par contacts en face à face, de peau à peau, de bouche à bouche ou de bouche à peau, avec les fluides corporels ou le sang, notamment les contacts sexuels. On commence, à l’instar du SARS-Cov2, à ne pas sous-estimer le risque de transmission par aérosols. 

La docteure Theresa Tam (Santé Canada) a rappelé que n’importe qui, quel que soit son sexe ou son orientation sexuelle, pourrait être infecté s’il est en contact étroit avec une personne atteinte ou s’il entre en contact avec des objets personnels appartenant à une personne infectée, y compris des serviettes ou des draps. 

Pour limiter la transmission 

La personne malade doit s’isoler :

  • à son domicile pour une durée de 3 semaines à partir de la date de début des symptômes jusqu’à guérison totale des lésions de la peau. Elle est invitée à occuper, seule, une pièce dédiée ;
  • des autres personnes au sein de son domicile. Elle doit porter un masque chirurgical et ne pas avoir de contact physique avec d’autres personnes (ne pas se serrer les mains, ne pas s’embrasser, etc.). Il lui est recommandé de s’abstenir de rapports sexuels jusqu’à 21 jours après le début des symptômes. La personne malade et les personnes vivant sous son toit ne doivent pas partager leurs vêtements, leur linge de maison et literie ou leur vaisselle ;
  • de ses animaux de compagnie pendant toute la durée de l’isolement. En cas d’impossibilité, la personne doit limiter ses contacts avec l’animal, porter un masque et des gants lorsqu’elle s’en occupe et se laver les mains après chaque contact avec l’animal.

Les déchets tels que les croûtes des vésicules doivent être conservés dans des sacs-poubelles dédiés.

Un nettoyage soigneux du domicile comportant les surfaces, la literie, les vêtements et la vaisselle doit être réalisé en fin d’isolement.

Les personnes les plus à risque de forme clinique grave (personnes immunodéprimées, femmes enceintes, jeunes enfants) doivent particulièrement prêter attention à l’apparition de toute aggravation et ne pas hésiter à prendre contact sans délai avec la santé publique.

Symptômes

La variole du singe peut causer divers signes et symptômes. Alors que certaines personnes présentent des symptômes bénins, d’autres peuvent développer des symptômes plus graves et avoir besoin de soins dans un établissement de santé. Les personnes les plus à risque de développer une forme sévère de la maladie ou de présenter des complications comprennent les femmes enceintes, les enfants et les personnes immunodéprimées.

Les symptômes les plus courants de la variole du singe sont les suivants : la fièvre (62 %), la léthargie (41 %), les douleurs musculaires (31 %) et les maux de tête (27 %); et la lymphadénopathie (augmentation palpable des ganglions lymphatiques) (56 %). 

Ces symptômes sont suivis ou accompagnés par l’apparition d’une éruption cutanée qui peut durer deux à trois semaines. L’éruption cutanée peut toucher le visage, les paumes des mains, les plantes des pieds, les yeux, la bouche, la gorge, l’aine et les zones génitales et/ou anales. Le nombre de lésions varie d’une seule à plusieurs milliers. Les lésions sont d’abord plates, puis se remplissent de liquide avant de former une croûte qui se dessèche et finit par tomber, alors qu’une nouvelle couche de peau se forme en dessous.

Généralement, les symptômes durent de deux à trois semaines et disparaissent d’eux-mêmes. Il est possible d’avoir recours à des soins de soutien, tels que des médicaments contre la douleur ou la fièvre. Les personnes atteintes restent contagieuses jusqu’à ce que toutes les lésions aient formé une croûte, que les croûtes soient tombées et qu’une nouvelle couche de peau se soit formée en dessous.

Il est recommandé à toute personne qui présente des symptômes évocateurs de la variole du singe, ou qui a été en contact avec une personne atteinte de la variole du singe, d’appeler ou de consulter un agent de santé pour lui demander conseil.

Exemples d’éruptions cutanée

Possibilité d’asymptomatiques, comme pour la covid-19   

Comme dans le cas de la COVID-19, certaines personnes infectées peuvent être asymptomatiques tout en étant contagieuses, ce qui brouille le portrait. 

D’autres ont des symptômes très légers qui peuvent être confondus avec d’autres types de lésions. Chez certaines personnes, les lésions ressemblent à de l’acné ou à une piqûre de moustique.

En fait, selon une étude publiée la semaine dernière dans le New England Journal of Medicine (Nouvelle fenêtre), dont la Dre Barkati est l’une des auteurs, 39 % des plus de 500 cas analysés dans 16 pays avaient moins de 5 lésions et 25 % en avaient entre 5 et 10.

Mélanie Meloche-Holubowski (accéder à la page de l’auteur)
Mélanie Meloche-Holubowski
Publié le 31 juillet 2022

Connaissons-nous vraiment le nombre exact de cas?

Non. Le Dr Darrel Tan, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital St. Michael’s de Toronto, et la Dre Sapha Barkati, professeure adjointe à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université McGill, sont d’avis que le nombre de cas est probablement largement sous-estimé.

Si, au début de mars, on découvrait une poignée de cas chaque jour, on en recense plus de 500 en moyenne par jour depuis la mi-juillet.

Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (Nouvelle fenêtre) (CDC), sur plus de 20 000 cas confirmés, 98 % sont dans des pays qui historiquement ne comptaient pas de cas sur leur territoire. L’épidémie est maintenant présente dans 78 pays. Seulement sept de ces pays avaient déjà observé des cas de variole simienne dans le passé.

Les États-Unis, l’Espagne et l’Allemagne sont les pays comportant le plus de cas confirmés. Le Canada, avec 803 cas (en date du 29 juillet), figure parmi les 10 principaux.

Vendredi, le Brésil et l’Espagne ont chacun fait état d’un premier décès de la variole simienne; il s’agit des premiers morts hors de l’Afrique, où le virus est considéré comme endémique.

Les Drs Tan et Barkati ajoutent qu’on ne fait pas suffisamment de tests et que les contacts sont souvent inconnus, ce qui rend le traçage difficile à réaliser.

Nous voyons déjà que le délai entre le test et le résultat est trop long, ajoute le Dr Tan.

D’autres ont des symptômes très légers qui peuvent être confondus avec d’autres types de lésions. Chez certaines personnes, les lésions ressemblent à de l’acné ou à une piqûre de moustique.

En fait, selon une étude publiée la semaine dernière dans le New England Journal of Medicine (Nouvelle fenêtre), dont la Dre Barkati est l’une des auteurs, 39 % des plus de 500 cas analysés dans 16 pays avaient moins de 5 lésions et 25 % en avaient entre 5 et 10.

La Dre Barkati ajoute que, dans certains cas, le diagnostic n’est peut-être pas le bon. À ce jour, la variole simienne est une maladie que les médecins en Europe et en Amérique du Nord voyaient rarement, rappelle la Dre Barkati, même si les médecins sont de plus en plus sensibilisés aux symptômes à surveiller.

Tout ça contribue à l’augmentation des cas, parce que ces personnes vont continuer de transmettre le virus à d’autres, sans le savoir, dit le Dr Tan.

Sait-on pourquoi la communauté LGBTQ+ semble davantage touchée?

L’OMS rapporte que 99 % de toutes les infections hors de l’Afrique concernaient des hommes et que, parmi ceux-ci, 98 % concernaient des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes.

Le Dr Tan dit que la réponse n’est pas claire, mais qu’il y a certaines hypothèses. Selon lui, il s’agit probablement d’un concours de circonstances.

En voyant ce qui se passe, la conclusion logique est qu’il y a un élément de hasard qui a conduit une personne de la communauté LGBTQ+ à être infectée au début de cette épidémie. Et puis, cette personne faisait partie d’un réseau qui a des liens à travers le monde.

Selon la Dre Barkati, une personne infectée a probablement introduit le virus dans une situation avec beaucoup de contacts de proximité. Ces gens sont ensuite retournés dans leur pays et ça s’est installé ailleurs. D’ailleurs, 28 % des personnes infectées avaient voyagé dans le mois précédant leur diagnostic, montre son étude.

« Il faut faire attention; ce n’est pas une maladie spécifique à la communauté LGBTQ+. C’est pourquoi on doit contenir l’éclosion; on ne veut pas que ça déborde et que ça affecte encore plus de groupes. »

— Une citation de  Dre Sapha Barkati, Université McGill

Alors une grande prudence est de mise pour ceux ayant une vie sexuelle active avec plusieurs partenaires, car tôt ou tard cela va sortir du réservoir actuel, à moyen terme, ce sera le cas de tous. On a vu avec la covid-19 ou même le VIH, qu’un virus ne fait aucun discernement sur l’orientation sexuelle.

https://www.cbc.ca/news/health/who-monkeypox-emergency-committee-1.6530174

Le virus pourrait-il avoir muté?

Le British Medical Journal (Nouvelle fenêtre) a souligné la semaine dernière que certaines observations indiquent une nouvelle évolution clinique de la maladie et que certains symptômes ont changé.

Vaccins pour enrailler la transmission

À l’instar de la variole humaine dont les premiers vaccins étaient issus de la variole bovine, les vaccins actuels ont été conçus pour la variole humaine.

Le vaccin Imvamune, de la compagnie danoise Bavarian Nordic, a été approuvé par Santé Canada en 2013 pour l’immunisation contre la variole. En 2020, les autorités canadiennes ont élargi cette approbation pour inclure l’immunisation contre la variole simienne.

Malheureusement, il n’y a pas assez de doses, voilà pourquoi certains pays vont même jusqu’à utiliser des stocks de vaccins périmés.
https://www.leparisien.fr/societe/sante/variole-du-singe-pourquoi-des-vaccins-initialement-perimes-ont-ete-utilises-06-08-2022-RR5NKKOMF5BKDFDJP6C5QBIFX4.php


Il n’y a que deux millions de doses disponibles pour le monde entier. Les personnes hautement à risque devraient être prioritaires.

C’est pourquoi Moderna étudient l’idée de préparer des vaccins ARNm pour la variole simienne..
https://abcnews.go.com/Health/moderna-creating-mrna-monkeypox-vaccine-amid-growing-demand/story?id=87875414

Le Canada tente lui aussi de s’approvisionner. La pharmaceutique Bavarian Nordic a déclaré plus tôt ce mois-ci que l’Agence de la santé publique du Canada avait signé un contrat de 56 millions US sur cinq ans pour l’achat de son vaccin Imvamune. Les livraisons devaient commencer en 2023. https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2022-06-30/variole-simienne/des-negociations-sont-en-cours-pour-que-le-canada-obtienne-plus-de-vaccins.php

Variole du singe : quels médicaments ?


Traitement symptomatique

C’est le traitement de la fièvre. Il est conseillé d’utiliser le paracétamol, en dehors de toute contre-indication (allergie, maladie grave du foie).

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont contre-indiqués en raison de la possibilité de survenue de complications infectieuses graves cutanées, pulmonaires, ORL neurologiques…

Pour éviter le grattage de la peau, la surinfection des lésions et la transmission du virus, des antihistaminiques peuvent être prescrits et il est conseillé de couvrir les lésions cutanées.

Traitement antiviral ou par des immunoglobulines

Ce traitement est décidé avec l’aide d’un médecin infectiologue. Il n’est pas systématique et il est destiné aux personnes les plus fragiles (personnes immunodéprimées dont celles vivant avec le VIH, femmes enceintes, sujets jeunes).

S’il est nécessaire, le traitement utilise :

  • les antiviraux :
    • le tecovirimat en première intention, du fait de sa disponibilité par voie orale et sa tolérance ;
    • le brincidofovir en deuxième intention (avantages : voie orale, meilleure tolérance que le cidofovir) ;
    • le cidofovir en troisième intention, en raison de ses inconvénients : médicament administré par voie injectable, forte toxicité rénale et hématologique ainsi qu’un potentiel effet carcinogène, tératogène et nocif pour la reproduction ;
  • les immunoglobulines humaines anti-vaccine : elles sont réservées aux personnes pour lesquelles les antiviraux ne peuvent pas être prescrits (femmes enceintes, jeunes enfants avec poids de moins de 13 kg).

Cas mondialement et au Canada

Depuis 2022, des épidémies plus graves sont apparues en Europe et ensuite en Amérique. Fin juillet 2022, on est autour de 20 000 cas mondialement et entre 800 et 900 au Canada. On observe une augmentation exponentielle entre juin et juillet…

Les statistiques ci-dessous sont mises à jour automatiquement (Source: World Data)

Mondialement

Pour le Canada

Liens

Santé Canada :
https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/variole-singe/professionnels-sante/lignes-directrices-provisoires-prevention-controle-infections-etablissements-sante.html#a2

OMS :
https://www.who.int/fr/news-room/questions-and-answers/item/monkeypox

Radio-Canada :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1902092/variole-simienne-transmission-epidemie-vaccin-oms

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