Pourquoi devrait-on continuer de porter le masque dans les endroits publics clos

  1. Près de 1% de la population est immunosupprimée à différents degrés.

    Par définition, pour bien répondre à un vaccin, ça prend un système immunitaire. Ces gens demeurent donc à risque même si adéquatement vaccinés (et d’ailleurs, on recommande plus de doses dans cette population). Une personne immunosupprimée qui se rend dans un lieu public avec un masque est tout de même à risque, l’efficacité du masque est plus grande quand plusieurs le porte. Rappelez-vous que l’on peut être porteur asymptomatique de plusieurs virus, et que les nouveaux variants de SARS-CoV-2 sont les virus les plus contagieux jamais affrontés par l’humanité.

    L’APIQ a d’ailleurs récemment publiée un communiqué pour inciter les gens à garder le masque https://cipo-apiq.ca/wp-content/uploads/2022/05/CP_-Immunoclip_-APIQ_-11-mai-2022_VF.pdf

  2. Bien que le vaccin protège contre les formes graves de la covid-19 en plus de réduire le risque d’attraper la maladie et de réduire la charge virale dans l’éventualité où une personne vaccinée attrape la maladie, elle n’empêche pas d’attraper une covid longue.

    Une étude récente démontre tout de même une réduction du risque par 50%, mais pas par 100%. De plus, des études effectuées avant la vaccination et qui furent terminées récemment démontrent que même une covid légère peut avoir des effets sur notre santé à long terme, incluant un risque augmenté (par chance faiblement) de plus de 20 conditions cardiovasculaires, de caillots dans les jambes et les poumons, de dommages cérébraux avec atteinte cognitive prolongée, et de déficit immunitaire. Une forte augmentation de cas de diabète fut aussi observée même après une covid légère (fardeau de 1 diabète de plus par 1000 cas, lorsqu’on compare à un groupe contrôlé qui fut autant sédentaire et confiné).

    Nous n’avons pas encore une idée claire de si oui ou non et à quel point la vaccination protège contre ces syndromes tardifs. Nous savons, cependant, qu’il y a une corrélation inverse avec la sévérité de la maladie, bien que même une maladie légère soit associée à ces risques (mais moindrement). Nous savons aussi que la vaccination protège indirectement en protégeant en amont, c’est-à-dire en réduisant le risque d’attraper la maladie en premier lieu via une production d’anticorps neutralisants. Un peu comme le masque le fait aussi. La vaccination, comme le masque, ont aussi montrés réduire la charge virale inoculée lors d’une infection si celle-ci survient, produisant ainsi une maladie moins sévère.

  3. À l’échelle globale et dans une réflexion plus proche de la science fondamentale que des sciences cliniques avec une vision de ne pas se mettre plus dans le pétrin que nous le sommes déjà, le masque a un effet important dans la réduction du risque de créer de NOUVEAUX VARIANTS. Ceci est capital. Nous ne sommes malheureusement pas à l’abri d’un nouveau variant plus contagieux, plus virulent ou/et avec une plus grande évasion de notre immunité collective qu’elle soit « naturelle » (déclenchée par le virus), vaccinale, ou hybride. Je vous explique. Lorsque le virus se réplique (se reproduit, grandit en nombre dans notre organisme en se servant de nos cellules), il fait des copies de son génome d’ARN. Chaque réplication a un risque d’introduire une erreur dans le code génétique.

    Cette erreur peut :

    a) rendre le virus inutile, elle n’est donc pas « sélectionnée » et meure d’elle-même;

    b) rendre le virus plus contagieux, virulent, ou/et lui procurer un avantage reproductif par échappement du système immunitaire; ou

    c) être inutile. Les variants qui causent des vagues sont des variants de la catégorie b, ceux qui ont un avantage reproductif sur leurs cousins.

    BREF, ce qui crée des variant est la réplication virale. Plus un virus à ARN se réplique, plus le risque de créer des variants est fort. Et ces variants sont le fruit du hasard. Ils peuvent à la fois être plus contagieux et plus dangereux. Ainsi, le masque, les autres gestes barrière et les vaccins, en réduisant la réplication virale, diminuent la probabilité de créer de nouveaux variants qui pourraient nous plonger dans d’autres vagues, voir nécessiter de nouveaux vaccins. Ceci rejoint aussi le pont 1. Le virus se reproduit beaucoup plus dans un hôte immunosupprimé. Il y a des gens qui sont infectés pendant des mois avec un Cycle Threshold (CT) très bas, donc un niveau de réplication élevé.

    Situation à risque élevée de mutation virale. C’est d’ailleurs une des raisons pourquoi les variants proviennent en majorité de pays faiblement vaccinés et fortement immunosupprimés (par exemple certains pays d’Afrique où le taux de vaccination et faible et où il y a une forte prévalence de SIDA).

    Heureusement, notre accès à des antiviraux efficaces comme le Paxlovid et le Remdesivir réduit ce risque et sauve des vies vulnérables, mais c’est un outil et non une solution définitive. Nous ne sommes pas à l’abri non plus de variants qui pourraient échapper à ces médicaments.

  4. Une partie de notre population demeure à ce jour non admissible à un vaccin. Je parle ici des enfants de moins de 5 ans. Bien que la majorité des enfants sont à un très faible risque de maladie sévère naturellement par leur réponse immunitaire innée (la première ligne de réponse) très efficace, il y a d’autres préoccupations dans mon esprit :

    A) les études pointent vers une augmentation de l’incidence de diabète de type 1 dans les 28 jours suivant une covid même légère, chez l’enfant. Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune irréversible qui implique de prendre de l’insuline à vie et qui prédispose à de multiples complications majeures au cours de la vie. Le risque absolu demeure faible, heureusement, mais on parle d’un risque relatif de 166%.

    B) les enfants comme les adultes peuvent développer une covid longue. Les mêmes changements cérébraux fonctionnels que l’on observe chez l’adulte sont observés chez ces enfants lors d’études en PET-scan, ce qui offre une assise objective de cette condition encore à préciser. Les symptômes persistants de la covid peuvent entraîner des répercussions sur l’enfant, ses résultats scolaires et son humeur. Je vous rassure, la majorité de ces symptômes rentrent dans l’ordre et à ma connaissance, des changements chroniques sur les imageries pulmonaires n’ont été observés que chez certains enfants ayant nécessité des soins intensifs. Je rappelle, cependant, qu’il y a eu deux décès de la covid au Québec dans cette tranche d’âge, et plus de 1000 aux Etats-Unis. C’est rare j’en conviens.

    C) de rares cas d’hépatite fulminante de l’enfant en bas âge, donc en écrasante majorité non vaccinée contre la COVID-19, ont causés des décès à travers le monde, certains enfants sauvés par une greffe hépatique mais qui devront prendre des médicaments immunosuppresseurs à vie pour éviter que leur corps ne rejette leur nouveau foie. La cause est à ce jour INCONNUE. Un des suspects est la covid, variant omicron, un autre suspect l’adenovirus. La meilleure hypothèse semble être une combinaison des deux, dans laquelle un superantigène de SARS-CoV-2 chroniquement exprimé provoque une réaction auto-immune hépatique chez l’enfant non vacciné qui rencontre par la suite un adénovirus. Je le répète, ces cas sont excessivement rares, on en dénombre 350 sur la planète.

    D) un mécanisme similaire sous-tend probablement la survenue de syndrome PIMS chez l’enfant, une véritable catastrophe, tuant pratiquement 1 enfant sur 100. Encore une fois, il s’agit d’une complication rare de la covid chez l’enfant, et il n’y a pas encore eu de décès au Qc à ma connaissance. La plupart de ces enfants nécessitent des soins intensifs et certains souffrent par la suite d’anévrisme des artères du cœur. La vaccination réduit grandement l’incidence de ce syndrome morbide. Malheureusement la vaccination n’est pas encore disponible chez les enfants de moins de 5 ans.

  5. Plusieurs ont déjà attrapés la covid après plus de 2 ans de pandémie. Les réinfections sont non seulement possibles, mais de plus en plus fréquentes avec omicron. Il est difficile de mettre un chiffre précis, étant donné que nous avons cessés de recenser les cas rigoureusement. Il n’est pas désirable de continuer de s’infecter à répétition. Malheureusement, l’immunité « naturelle » acquise par une infection à omicron est très faible, environ 1 tier de celle d’une seule dose de vaccin (https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(22)00329-4).

    Une nouvelle étude conclue que ce chiffre est plus grand pour les gens vaccinés, suggérant que l’immunité hybride est plus efficace que l’immunité « naturelle » (je précise ici qu’il n’est jamais désirable de s’infecter volontairement, cette pratique a mené à plusieurs morts aux États-Unis).

    En rappel, trois nouveaux variants sont sous la loupe de l’OMS: BA.2.12.1 désormais responsable de 40% des cas dans plusieurs États américains, BA.4 et BA.5 (qui migrent présentement de l’Afrique du Sud vers l’Europe et l’Amérique). Un recombinant nommé XE, encore plus contagieux que BA.2, est aussi à nos portes. 6. Pour conclure, avec un peu d’optimisme, et à tous ceux qui me disent que les masques ne peuvent pas durer éternellement, je vous réponds d’avoir confiance en la science. Une dizaine de vaccins pancoronavirus sont en développement à différentes phases d’étude clinique. Des vaccins des muqueuses très prometteurs aussi. De nouveaux antiviraux pourraient nous permettre d’utiliser le Paxlovid de façon plus libérale sans craindre la résistance.

    La vaccination des pays en développement progresse. Notre connaissance de la maladie progresse, mais à mon avis n’est pas encore tout à fait suffisante pour renoncer à se protéger. L’été est là aussi. La ventilation est un outil essentiel. Rencontrez-vous à l’extérieur. Ouvrez les fenêtres dans la maison. Choisissez de meilleurs masques lors de situations à risque pour ceux qui choisissent de continuer à le porter et dans les endroits où il demeure obligatoire. Des masques N95, KN95 et autres respirateurs sont beaucoup plus efficaces que les couvres-visages et ce même sans avoir effectué un fit-test. Continuez de vous isoler au moindre symptôme pour protéger les autres. Utilisez les tests d’antigène rapide judicieusement. Par exemple, avant un événement à risque, passez le test dans la bouche et le nez et annulez si le test est positif. Ceci fait toute la différence.


Mathieu Nadeau-Vallée
Phd Pharmacologie
Md résident anesthésiste.

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